
Avant de comparer, rappelons la logique propre à chaque statut juridique.
Micro-business |
Portage salarial |
SASU |
|
Cotisations sur le CA (21,2 % ou 25,6 %) |
Frais gestion : 5-12 % du CA |
IS 15 % (≤42 500 €) / 25 % |
|
Plafond : 77 700 € services |
Charges sociales salarié complet |
Dividendes PFU 30 % |
|
Aucune comptabilité formelle |
TJM min. ~290-350 €/j |
Charges sur salaire : ~65 % |
|
Pas de TVA (sous seuil) |
Accès au chômage (ARE) |
Pas de plafond de CA |
|
Protection sociale légère |
Zéro création de société |
Expert-comptable requis |
Les tableaux de charges brutes ne suffisent pas. Ce qui compte, c'est le revenu net disponible après cotisations, impôts et frais de gestion. Voici trois simulations à des niveaux de CA représentatifs pour des consultants en prestations de services.
Les chiffres ci-dessous sont des estimations arrondies, basées sur les taux 2026 et une TMI de 30 %. Chaque situation étant unique, ils sont donnés à titre indicatif — consultez un expert-comptable pour une simulation personnalisée.
Base : 50 000 € HT facturés / an — Activité BNC (consultant/libéral)
| Micro (BNC) | Portage (8 %) | SASU | |
| CA facturé | 50 000 € | 50 000 € | 50 000 € |
| Frais gestion / compta | — | - 4 000 € | - 1 800 € |
| Cotisations sociales | −12 800 € | −21 300 € | −8 200 € |
| Impôt sur le revenu / IS + PFU | −7 200 € | −4 500 € | −6 500 € |
| Net disponible estimé | ~30 000 € | ~20 200 € | ~33 500 € |
| Micro (BNC) | Portage (8 %) | SASU | |
| CA facturé | 80 000 € | 80 000 € | 80 000 € |
| Frais gestion / compta | — | - 6 400 € | - 2 000 € |
| Cotisations sociales | −20 500 € | −34 600 € | - 11 400 € |
| Impôt sur le revenu / IS + PFU | −11 200 € | −6 500 € | −9 800 € |
| Net disponible estimé | ~48 300 € | ~32 500 € | ~56 800 € |
À 80 000 €, l'écart se creuse nettement. La SASU dépasse la micro de ~8 500 € nets grâce à l'optimisation salaire/dividendes. Le portage accuse un retard de ~24 000 € vs la SASU — mais conserve l'accès au chômage, que ni la micro ni la SASU ne permettent.
| Micro (BNC) | Portage (8 %) | SASU | |
| CA facturé | Plafond dépassé ⚠ | 120 000 € | 120 000 € |
| Frais gestion / compta | — | - 9 600 € | - 2 200 € |
| Cotisations sociales | — | −52 800 € | −14 600 € |
| Impôt sur le revenu / IS + PFU | — | −8 500 € | −16 200 € |
| Net disponible estimé | N/A (basculement auto) | ~49 100 € | ~87 000 € |
À 120 000 €, la micro-entreprise n'est plus une option viable : le plafond de CA (77 700 €) est largement dépassé, et la micro aurait perdu le bénéfice du régime avant d'atteindre ce niveau. La SASU génère plus de 37 000 € nets supplémentaires par rapport au portage sur ce palier. L'écart continue de croître avec le CA.
Note méthodologique : Ces simulations supposent une activité BNC (consultant libéral SSI), 210 jours facturés/an, aucun frais professionnel déductible, TMI IR de 30 %, et pour la SASU une stratégie salaire brut 24 000 €/an + dividendes. Les montants réels varient selon la situation personnelle, les frais réels, le régime fiscal IR/IS et les déductions. Une simulation personnalisée avec un expert-comptable est indispensable avant toute décision.
La plupart des comparatifs en ligne s'arrêtent au net disponible. Voici les six angles morts qui font la différence dans la vie réelle.
On compare souvent la micro sur la base d'un plafond de 77 700 € de CA. Mais un consultant BNC dépasse le seuil de franchise TVA bien avant : 36 800 € de base (41 250 € majoré) en 2026 pour les services. Au-delà, il doit collecter et reverser la TVA, ce qui oblige à la gérer, à équiper ses factures correctement, et souvent à payer un expert-comptable. L'avantage de simplicité de la micro disparaît à partir de 3 000-4 000 € de CA mensuel — bien en dessous du plafond théorique.
Les brochures de portage salarial mettent en avant la protection sociale et la liberté. Elles mentionnent rarement que 45 à 55 % du CA facturé partent en charges et frais avant même que vous touchiez quoi que ce soit. Sur 80 000 € de CA, c'est 36 000 à 44 000 € qui ne vous arrivent pas. Beaucoup de consultants découvrent cette réalité à leur premier bulletin de paie et calculent qu'ils auraient été deux fois mieux en SASU.
Certains créateurs de SASU, pour minimiser les charges, ne se versent aucun salaire et ne distribuent que des dividendes. C'est légal — et risqué. Sans rémunération versée, le président ne génère ni trimestre retraite, ni droits maladie, ni IJ. La stratégie optimale est de verser un salaire minimum de 24 400 € brut/an (environ 2 030 €/mois brut) pour valider ses droits sociaux essentiels, puis de compléter en dividendes.
Ni la micro ni la SASU ne donnent accès à l'assurance chômage dans des conditions normales. Le portage salarial ouvre droit à l'ARE en cas de fin de mission ou d'arrêt d'activité — c'est une protection réelle, dont la valeur est d'autant plus grande que le TJM est élevé. Pour un consultant à 500 €/j qui redoute une période sans missions, l'ARE peut représenter plusieurs milliers d'euros par mois. Cette valeur doit être intégrée dans le comparatif global.
Créer une SASU coûte entre 1 500 € et 2 500 € (rédaction des statuts, publication légale, greffe). Tenir une SASU coûte 1 500 à 3 000 €/an d'expert-comptable, plus les heures de gestion (AG annuelle, dépôt des comptes, déclaration TVA mensuelle ou trimestrielle). Ces coûts sont déductibles fiscalement — mais ils réduisent le net réel. La SASU ne devient véritablement avantageuse que si le gain fiscal dépasse ces coûts fixes, ce qui se produit généralement à partir de 80 000-90 000 € de CA stable.
Un consultant en portage salarial reçoit des fiches de paie mensuelles — ce qui simplifie considérablement l'accès au crédit immobilier. Les banques françaises restent très conservatrices : trois bulletins de salaire valent souvent mieux que deux ans de bilans de SASU, même excellents. Pour un consultant qui envisage un achat immobilier à court terme, cette dimension pratique peut justifier à elle seule le maintien en portage le temps de conclure le crédit.
En synthèse, voici la grille de décision par palier de chiffre d'affaires — en gardant à l'esprit que les critères non financiers (chômage, crédit, gestion) pèsent autant que le net pur.
| Palier de CA annuel | Recommandation principale | Nuance |
|---|---|---|
| Moins de 40 000 € | Micro-business | Charges les plus basses, zéro gestion, idéal pour démarrer ou tester |
| 40 000 – 60 000 € | Micro ou Portage | Micro si TVA gérée et pas besoin de chômage. Portage si protection sociale prioritaire ou crédit immobilier en vue |
| 60 000 – 90 000 € | Portage ou SASU | Portage si besoin chômage ou fiche de paie. SASU si CA stable et pas besoin de chômage — nette avance sur le net |
| Au-delà de 90 000 € | SASU | L'optimisation fiscale (IS + dividendes PFU) creuse l'écart de façon décisive. La micro n'est plus une option. |
Vous démarrez votre activité de consultant ou de freelance, vous testez votre marché, votre CA prévisionnel est inférieur à 50 000 € la première année, vous n'avez pas de crédit immobilier en cours et la gestion administrative vous pèse. La micro vous permet de facturer dès demain, sans capital, sans comptable, et de pivoter si nécessaire. C'est le statut du démarrage et de l'agilité.
Vous êtes cadre en transition, vous quittez un CDI avec des droits chômage acquis, ou vous voulez tester le consulting sans créer de société. Votre TJM est entre 400 et 700 €/jour, vous facturez 15 à 18 jours par mois. Vous avez un crédit immobilier en cours ou prévu. Vous avez besoin de fiches de paie, d'une retraite complémentaire et d'un vrai filet de sécurité. Le portage est votre statut, même si le net est inférieur à la SASU.
Vous exercez en consulting depuis 2 à 3 ans, votre CA dépasse régulièrement 80 000 €, vous avez une visibilité suffisante sur vos missions pour ne pas craindre les creux, vous n'avez pas besoin du chômage, et vous acceptez la gestion comptable ou vous avez un expert-comptable de confiance. La SASU vous permet d'optimiser 10 000 à 30 000 € supplémentaires par an selon le CA — et de construire une vraie stratégie patrimoniale à long terme.
Quel que soit le statut choisi, la question de l'adresse du siège social se pose. Micro-entrepreneur, consultant porté qui crée une structure parallèle, ou président de SASU : tous trois peuvent domicilier leur activité.
En micro-entreprise, la domiciliation auprès d'une société agréée permet de séparer domicile personnel et adresse professionnelle — particulièrement utile pour les consultants qui travaillent depuis chez eux et ne souhaitent pas voir leur adresse personnelle figurer sur leurs factures et documents officiels.
En SASU, le siège social peut être au domicile du président (sous conditions de durée selon le règlement de copropriété ou le bail) ou chez une société de domiciliation. Une adresse parisienne ou dans une grande ville peut avoir un impact perçu sur la crédibilité commerciale — un argument à ne pas négliger pour les consultants qui adressent de grands comptes.
Le consultant en portage salarial, lui, n'a pas de siège social à déclarer — c'est la société de portage qui est l'employeur légal. Mais s'il crée une structure en parallèle (micro ou SASU), la question se pose à nouveau.

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