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Cotisations sociales des indépendants : calcul réel par statut, SASU vs EURL vs micro

Les indépendants ne cotisent pas tous de la même façon — ni sur les mêmes bases. Micro-entrepreneur, gérant d'EURL au régime TNS, président de SASU assimilé salarié : trois logiques différentes, trois niveaux de protection différents, et des taux qui ne se comparent pas directement. Ce guide fait le point sur ce que vous payez vraiment à l'URSAAF.
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Trois statuts, trois logiques de cotisation

Avant de comparer des chiffres, il faut comprendre que ces trois statuts cotisent selon des mécanismes fondamentalement différents — ce qui rend toute comparaison directe trompeuse sans explications.

Statut Régime de protection sociale Base de calcul des cotisations
Micro-entrepreneur SSI (Sécurité sociale des indépendants) ou CIPAV selon activité Chiffre d'affaires brut (pas le bénéfice)
Gérant majoritaire EURL (TNS) SSI (régime des Travailleurs Non Salariés) Revenu professionnel net (bénéfice ou rémunération selon régime fiscal)
Président de SASU (assimilé salarié) Régime général (CPAM, CNAV, AGIRC-ARRCO) Salaire brut versé (les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales)

Cette différence de base de calcul est capitale. Le micro-entrepreneur qui réalise 50 000 € de CA avec 30 000 € de bénéfice réel cotise sur 50 000 € — pas sur 30 000 €. À l'inverse, le président de SASU qui se verse 30 000 € de salaire et 20 000 € de dividendes ne cotise que sur les 30 000 € de salaire, pas sur les dividendes.

Micro-entrepreneur : taux et base de calcul 2026

Le régime micro-social est le plus simple à appréhender : un taux unique appliqué au chiffre d'affaires mensuel ou trimestriel déclaré. Pas de déclaration de résultat, pas de régularisation l'année suivante.

Type d'activité Taux de cotisations 2026 Caisse de retraite
Vente de marchandises (BIC achat-revente) 12,3 % du CA HT SSI (CNAV + RCI)
Prestations de services artisanales (BIC services) 21,2 % du CA HT SSI (CNAV + RCI)
Prestations de services commerciales (BIC services) 21,2 % du CA HT SSI (CNAV + RCI)
Professions libérales SSI (ex-RSI) 25,6 % du CA HT SSI (CNAV + RCI)
Professions libérales CIPAV (architectes, formateurs…) 23,1 % du CA HT CIPAV

Ce que ces cotisations couvrent — et ce qu'elles ne couvrent pas

Les cotisations micro-sociales couvrent : assurance maladie-maternité, retraite de base, retraite complémentaire, invalidité-décès, allocations familiales et formation professionnelle. Ce qu'elles ne couvrent pas : l'assurance chômage (le micro-entrepreneur n'y a pas accès), ni une couverture maladie ou maternité aussi généreuse qu'un salarié (les indemnités journalières sont calculées sur le revenu net, qui en micro est présumé égal à un abattement forfaitaire du CA — ce qui donne souvent des IJ très faibles voire nulles si le CA est modeste).

Le piège du CA sans bénéfice : Si vous avez des charges importantes (matériel, sous-traitance, déplacements), vous pouvez cotiser sur un CA élevé tout en réalisant un bénéfice faible — ou même en perdant de l'argent. La micro ne tient pas compte de vos charges réelles. Si vos charges représentent plus de 50 % de votre CA, un régime réel (EI au réel, EURL) sera presque toujours plus avantageux.

Gérant EURL (TNS) : taux, base, régularisation

Le Travailleur Non Salarié (TNS) est le régime de cotisation du gérant majoritaire d'EURL ou de SARL, et des entrepreneurs individuels au régime réel. Le principe est radicalement différent de la micro : on cotise sur le revenu professionnel net.

La base de calcul selon le régime fiscal

La base varie selon que l'EURL est à l'IR ou à l'IS :

  • EURL à l'IR : base = bénéfice net de l'entreprise (résultat fiscal), y compris si vous ne vous versez pas de rémunération
  • EURL à l'IS : base = rémunération versée au gérant + la part des dividendes dépassant 10 % du capital social et des comptes courants

Le détail des taux TNS par branche (2026)

Branche Taux approximatif Plafond / particularité
Maladie-maternité ~7,3 % (dont 0,85 % IJ) Pas de plafond
Invalidité-décès ~1,3 % Dans la limite de 1 PASS
Retraite de base ~17,75 % jusqu'à 1 PASS, 0,60 % au-delà PASS 2026 = 47 100 €
Retraite complémentaire (RCI) ~7 % jusqu'à 4 PASS Plafond : 4 PASS (~188 400 €)
Allocations familiales 0 % jusqu'à 110 % SMIC, 3,1 % au-delà Exonération partielle pour faibles revenus
Professional training ~0,25 % Sur base = PASS
CSG-CRDS ~9,7 % Sur revenu professionnel + cotisations sociales
TOTAL approximatif ~43-47 % selon niveau de revenu Dégressif au-delà du PASS pour certaines branches

La régularisation de la première année : le choc à anticiper

La première année d'activité, les cotisations TNS sont calculées sur une base forfaitaire minimale (~8 760 € pour les prestations de services). Cela peut sembler avantageux — mais c'est un piège. L'année suivante, l'URSSAF régularise les cotisations sur le revenu réel de l'année 1. Si vous avez bien gagné votre vie dès le départ, vous recevrez une demande de régularisation qui peut dépasser 10 000 à 20 000 € en une seule fois. Anticipez ce choc de trésorerie en provisionnant chaque mois une part de votre revenu.

Conseil pratique : Dès le début de l'activité en TNS, provisionnez 45 % de chaque encaissement sur un compte dédié. Vous paierez les cotisations provisionnelles de l'année en cours et la régularisation N+1 sans jamais être pris de court.

Président de SASU (assimilé salarié) : charges patronales et salariales

Le président de SASU est "assimilé salarié" au regard de la protection sociale. Il relève du régime général de la Sécurité sociale — la même caisse qu'un employé en CDI — mais avec une nuance importante : il ne cotise pas à l'assurance chômage.

La décomposition des charges sur le salaire brut

Branche Charges patronales Charges salariales
Assurance maladie ~13 % (part patronale) ~0,75 % (part salariale)
Retraite de base ~8,55 % ~6,90 %
Retraite complémentaire AGIRC-ARRCO ~4,72 % (tranche 1) + ~12,95 % (T2) ~3,15 % (T1) + ~8,64 % (T2)
Allocations familiales ~3,45 % (ou 1,8 % sous 3,5 SMIC)
Accidents du travail ~0,7 % (variable)
CSG-CRDS ~9,2 % (dont 6,8 % déductibles)
Chômage (Unédic) ❌ Aucune ❌ Aucune
Total approximatif ~42-45 % du brut ~22-23 % du brut

En pratique, pour 1 € de salaire net perçu par le président, la SASU dépense environ 1,85 à 1,90 €. Dit autrement : un salaire brut de 3 000 €/mois représente un coût total pour la SASU d'environ 4 290 € (3 000 € × 1,43), et un net perçu par le président d'environ 2 330 € (3 000 € × 0,777).

Le cas particulier des dividendes

Les dividendes versés au président de SASU ne sont pas soumis aux cotisations sociales. Ils sont uniquement soumis au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30 % : 12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux. Cette différence est la clé de l'optimisation fiscale en SASU : plus vous déplacez de revenus du salaire vers les dividendes, moins vous cotisez — mais moins vous vous constituez de droits sociaux.

Comparatif des cotisations à revenus équivalents

Pour comparer concrètement, voici ce que paient réellement les trois statuts pour un même niveau de revenu disponible cible. Hypothèse : vous souhaitez vous dégager 40 000 € nets par an.

Ces chiffres sont des estimations basées sur les taux 2026 et une TMI IR de 30 %. Toute situation étant unique, consultez un expert-comptable pour une simulation personnalisée.

  Micro (BNC) EURL (IS + TNS) SASU (salaire + div.)
CA nécessaire ~72 000 € ~65 000 € ~70 000 €
Cotisations sociales ~18 400 € ~13 500 € ~14 200 €
IR / IS + PFU ~9 500 € ~7 200 € ~6 800 €
Frais de gestion ~1 800 € ~2 000 €
Net disponible ~40 000 € ~40 000 € ~40 000 €

À revenu net équivalent, l'EURL à l'IS est le statut qui nécessite le CA le plus faible pour dégager 40 000 € nets, grâce au taux d'IS réduit et à la déductibilité des charges réelles. La micro nécessite le CA le plus élevé car elle cotise sur le CA brut, sans tenir compte des charges réelles. La SASU, avec une stratégie salaire minimum + dividendes, se positionne entre les deux.

Pourquoi la micro coûte plus cher à "net équivalent" : Le micro-entrepreneur qui réalise 72 000 € de CA avec 15 000 € de charges réelles (abonnements, matériel, déplacements…) cotise et est imposé sur 72 000 € de CA — pas sur 57 000 € de bénéfice réel. Sur le même bénéfice réel de 57 000 €, un TNS ou une SASU cotiserait sur une base bien inférieure. Dès que vos charges dépassent l'abattement forfaitaire de la micro (34 % pour les BNC), le régime réel devient plus avantageux.

Ce que les cotisations achètent : comparatif de la protection sociale

Des cotisations différentes ne donnent pas les mêmes droits. Voici le comparatif complet des protections sociales ouvertes par chaque statut.

Protection Micro-entrepreneur Gérant EURL (TNS) Président SASU
Maladie (remboursements) ✅ Régime général ✅ Régime général ✅ Régime général
Indemnités journalières maladie ⚠ Faibles (basées sur le CA avec abattement) ⚠ Après 3 jours de carence — basées sur le revenu déclaré ✅ Niveau salarié — après 3 jours (1 si AT)
Congé maternité / paternité ⚠ Allocation réduite si CA modeste ⚠ Allocation articulée sur le revenu TNS ✅ Niveau salarié (sur la base du salaire versé)
Assurance chômage ❌ Aucune (ATI très restrictive) ❌ Aucune ❌ Aucune (pas de cotisation Unédic)
Retraite de base (trimestres) ⚠ Validés mais points réduits si CA faible ✅ Validés normalement ✅ Validés normalement (sur le salaire)
Retraite complémentaire ✅ RCI (micro) — montant faible ✅ RCI (TNS) — montant modéré ✅ AGIRC-ARRCO — niveau salarié
Invalidité-décès ⚠ Minimale ⚠ Correcte mais inférieure au régime général ✅ Niveau salarié
Mutuelle / prévoyance facultative À souscrire Loi Madelin déductible — avantage fiscal À souscrire (contrat collectif)

L'avantage Madelin pour les TNS : Un gérant d'EURL peut déduire de son revenu imposable les cotisations versées à des contrats de prévoyance, mutuelle et retraite supplémentaire (loi Madelin). C'est une façon de compenser partiellement la moins bonne couverture du régime TNS : en finançant une prévoyance privée avec des euros avant impôt, l'effort réel est considérablement réduit.

Stratégies d'optimisation selon le statut

En micro : rester sous les seuils de franchise TVA

Le principal levier d'optimisation en micro est de gérer son CA pour ne pas franchir le seuil de franchise TVA (36 800 € de base pour les services en 2026). Au-delà, la TVA s'ajoute à la gestion sans que les cotisations sociales diminuent. Si votre CA dépasse régulièrement ce seuil, le passage au régime réel (EI BNC/BIC ou EURL) devient presque toujours plus avantageux.

 

En EURL (TNS) : provisionner et utiliser la loi Madelin

La stratégie clé en TNS est double. Premièrement, provisionner 45 % de chaque encaissement pour anticiper les cotisations provisionnelles et la régularisation N+1. Deuxièmement, utiliser la loi Madelin pour déduire fiscalement des contrats de prévoyance et de retraite supplémentaire, réduisant à la fois l'impôt et la faiblesse de couverture du régime TNS.

En SASU : la stratégie salaire minimum + dividendes

La stratégie la plus répandue en SASU est de se verser un salaire brut annuel d'environ 24 000 à 30 000 € (2 000 à 2 500 €/mois brut) — suffisant pour valider ses droits sociaux essentiels (trimestres retraite, IJ maladie, retraite complémentaire) — puis de compléter par des dividendes soumis au PFU de 30 % uniquement (pas de cotisations sociales). Cette stratégie devient optimale à partir de 80 000-90 000 € de CA annuel stable.

La règle des 10 % en SASU (à surveiller) : En SASU, les dividendes versés à l'associé unique ne sont soumis qu'au PFU. Mais si la SASU avait été une EURL à l'IS, la quote-part des dividendes dépassant 10 % du capital social + comptes courants serait intégrée dans la base de calcul des cotisations sociales TNS. C'est l'une des différences structurelles entre SASU et EURL qui peut peser lourd sur de gros dividendes — une raison supplémentaire de bien anticiper son statut avec un expert-comptable.

Written by our expert Céline
le 25 juin 2026
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Frequently asked questions

Les cotisations du micro-entrepreneur ouvrent-elles des droits à la retraite ?
Chevron
Oui, mais proportionnellement moins qu'un TNS ou un salarié si le CA est modeste. Il faut cotiser sur l'équivalent de 150 SMIC horaires par trimestre pour valider ce trimestre. Un micro-entrepreneur avec un CA faible peut passer une année entière sans valider les 4 trimestres requis — un déficit invisible à court terme mais pénalisant à la retraite.
Peut-on optimiser ses cotisations sociales en SASU avec des dividendes ?
Chevron
Oui. Les dividendes ne sont soumis qu'au PFU de 30 %, sans cotisations sociales. La stratégie classique : salaire brut minimum (~24 000 €/an) pour valider ses droits sociaux essentiels, complété par des dividendes soumis au PFU uniquement. Cette optimisation est surtout rentable à partir de 80 000-90 000 € de CA stable.
Est-ce que les TNS (EURL) sont moins bien couverts que les assimilés salariés (SASU) ?
Chevron
Oui sur plusieurs points : pas de chômage, IJ maladie moins généreuses, retraite complémentaire moindre. En contrepartie, le TNS paye un taux global inférieur (~45 % vs ~65 % du brut en SASU). La loi Madelin permet au TNS de déduire des contrats de prévoyance et retraite supplémentaire pour compenser partiellement ce déficit de couverture.
Quelles sont les charges sociales d'un président de SASU ?
Chevron
Environ 65 % du salaire brut (42-45 % de charges patronales + 22-23 % de charges salariales). Pour 3 000 € brut/mois, le coût total SASU est ~4 300 €/mois, le net perçu ~2 330 €/mois. Les dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales — uniquement au PFU de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux).
Combien cotise un gérant d'EURL (TNS) sur son revenu ?
Chevron
Environ 43 à 47 % du revenu professionnel net selon le niveau de revenu. La base est le bénéfice net (EURL à l'IR) ou la rémunération du gérant (EURL à l'IS). Attention à la régularisation de la première année : les cotisations provisionnelles sur base forfaitaire donnent lieu à une régularisation l'année suivante qui peut représenter 10 000 à 20 000 € si l'activité a bien démarré
Quel est le taux de cotisations sociales d'un micro-entrepreneur en 2026 ?
Chevron
Les taux 2026 sont : 12,3 % du CA pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services artisanales et commerciales, 25,6 % pour les professions libérales SSI, 23,1 % pour les professions libérales CIPAV. Ces taux s'appliquent sur le CA brut — pas sur le bénéfice — ce qui pénalise les activités avec des charges importantes.

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