Réforme du CPF : bientôt l'aval de l'employeur avant chaque formation ?

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou veut soumettre chaque utilisation du compte personnel de formation à une validation préalable, par l'employeur ou par un conseiller en évolution professionnelle. Un projet qui ravive le débat sur l'autonomie des actifs face à leurs droits à la formation.
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Dans un entretien accordé aux Échos publié le 16 juillet 2026, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a dévoilé les grandes lignes d'une nouvelle réforme du compte personnel de formation (CPF)« Le P de CPF, nous voulons le changer de personnel en professionnel », a-t-il résumé, annonçant vouloir soumettre chaque inscription à une vérification préalable de cohérence avec le projet professionnel du titulaire.

Concrètement, le ministre a précisé qu'« avant chaque utilisation de son CPF, il faudra une vérification qui pourra notamment être réalisée par l'employeur si la formation a lieu durant le temps de travail, ou par les conseillers en évolution professionnelle ». Un questionnaire automatisé inviterait chaque titulaire à préciser son projet professionnel avant de pouvoir s'inscrire, afin de proposer des formations jugées adaptées et d'écarter celles sans lien avec une évolution réaliste sur le marché du travail.

Un objectif budgétaire assumé

Le gouvernement justifie ce tour de vis par une logique d'économies. Le ministère du Travail doit réaliser 1,9 milliard d'euros d'économies en 2027, et Jean-Pierre Farandou invoque une nécessaire « efficacité des dépenses publiques ». Le CPF a déjà connu plusieurs restrictions ces dernières années : le reste à charge demandé aux bénéficiaires est passé de 100 à 150 euros par dossier, et les formations les plus demandées, inscrites au Répertoire spécifique, sont désormais plafonnées, le titulaire devant financer lui-même la différence si le coût dépasse la limite fixée. Selon une étude du ministère, les entrées en formation financées par le CPF ont déjà reculé de 11 % l'an dernier.

Sur le fond, cette évolution marquerait un retour partiel au fonctionnement du CPF antérieur à 2018. Avant la loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », l'accord d'un intermédiaire était nécessaire avant de mobiliser ses droits à la formation. Ce texte avait précisément supprimé cette obligation, converti le compte en euros plutôt qu'en heures, et autorisé l'achat direct de formations sans intermédiaire, dans un objectif d'autonomie des actifs.

La CFDT et l'ex-ministre à l'origine de la loi de 2018 montent au créneau

Le projet suscite déjà une vive opposition syndicale. Dans un communiqué publié le 21 juillet 2026, la CFDT estime que la réforme « remet en cause la philosophie » de la loi de 2018 et « refuse que les droits acquis par les salariés servent à financer des formations qui relèvent du plan de développement des compétences », une responsabilité qui incombe selon elle aux seuls employeurs. Le syndicat demande au gouvernement d'abandonner le projet et d'ouvrir une concertation avec les partenaires sociaux.

 

Muriel Pénicaud, ministre du Travail à l'origine de la loi de 2018, a elle aussi réagi publiquement le 21 juillet, dénonçant une réforme qui supprimerait, selon elle, le droit et la liberté de chacun de choisir son avenir professionnel : « renier l'esprit de notre loi de 2018 est un contresens dramatique ». De son côté, le ministère assure qu'il ne s'agit que d'un ajustement des modalités, l'esprit du dispositif restant, à ses yeux, inchangé.

À ce stade, il ne s'agit que d'un projet : aucun texte de loi n'a encore été présenté, et une éventuelle entrée en vigueur n'interviendrait pas avant 2027. La CFDT rappelle qu'une telle mesure nécessiterait une modification de la loi, et non un simple décret.

Pour les indépendants et créateurs d'entreprise qui envisagent une reconversion vers la micro-entreprise, ce dossier est à suivre de près : le CPF reste aujourd'hui un levier de financement mobilisable librement pour préparer un projet de création d'entreprise, avant toute éventuelle contrainte de validation par un tiers. SeDomicilier continuera de suivre l'évolution de ce texte à mesure que ses modalités se préciseront.

Written by our expert Céline
le 28 juillet 2026
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