Contrairement à un salarié, un auto-entrepreneur ne voit jamais de ligne « retraite » distincte sur un bulletin de paie : ses cotisations sociales, retraite comprise, sont prélevées sous forme d'un pourcentage unique de son chiffre d'affaires, versé à l'Urssaf.
Ce mode de calcul simplifié a un revers : il rend moins visible le lien entre l'activité réellement facturée et les droits à la retraite effectivement acquis. Entre taux de cotisation par activité, seuils de validation des trimestres et règles de cumul emploi-retraite, voici comment s'y retrouver.
Le régime du micro-entrepreneur repose sur un prélèvement forfaitaire proportionnel au chiffre d'affaires, encaissé lors de chaque déclaration mensuelle ou trimestrielle. Ce taux global regroupe plusieurs branches de protection sociale : maladie-maternité, retraite de base, retraite complémentaire, invalidité-décès, allocations familiales et CSG-CRDS.
Depuis le 1er janvier 2026, les taux applicables sont les suivants, selon les données publiées par l'Urssaf auto-entrepreneur : 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales (BIC), et 25,6 % pour les activités relevant des bénéfices non commerciaux (BNC). Notre article sur la hausse des cotisations BNC revient en détail sur la trajectoire de ce taux.
| Type of activity |
Taux global de cotisations 2026 |
| Vente de marchandises |
12,3 % |
| Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) |
21,2 % |
| Rental of classified furnished tourist accommodation |
6 % |
| Activités BNC (professions libérales non réglementées, régime général) |
25,6 % |
| Professions libérales réglementées affiliées à la Cipav |
≈ 23,2 % |
À partir du 1er janvier 2026, la répartition interne de ce taux global évolue également : la part de CSG-CRDS diminue légèrement au profit des cotisations dites contributives, celles qui ouvrent des droits individuels à la retraite.
La validation d'un trimestre de retraite ne dépend ni du nombre d'heures travaillées, ni du seul fait de déclarer un chiffre d'affaires : elle repose sur un seuil de revenu cotisé fixé chaque année par référence au SMIC. Le principe, identique à celui des salariés, est fixé par l'article R. 351-9 du Code de la sécurité sociale.
Le SMIC horaire brut ayant été revalorisé à 12,02 € au 1er janvier 2026, le seuil s'établit à 1 803 € de revenu cotisé pour valider un trimestre, soit 7 212 € pour les 4 trimestres de l'année. Pour un auto-entrepreneur, ce revenu cotisé résulte de l'application d'un abattement forfaitaire (71 % pour la vente, 50 % pour les prestations BIC, 34 % pour les activités BNC), avant application du taux de cotisation retraite de base.
Le nombre maximal reste de 4 trimestres par année civile, quelle que soit la répartition du chiffre d'affaires entre les trimestres calendaires.
Exemple indicatif : un auto-entrepreneur en vente de marchandises réalisant 20 000 € de chiffre d'affaires annuel acquitte environ 2 460 € de cotisations globales (12,3 %). Une fois la part affectée à la retraite de base isolée et rapportée au seuil de 1 803 € par trimestre, ce niveau de chiffre d'affaires permet en général de valider 3 à 4 trimestres sur l'année.
Le cumul emploi-retraite pour un micro-entrepreneur
De nombreux retraités choisissent de lancer une micro-entreprise pour compléter leur pension, une option ouverte sans condition d'âge particulière dès lors que la retraite a été liquidée. Deux régimes coexistent.
En cumul intégral, c'est-à-dire lorsque toutes les pensions de base et complémentaires ont été liquidées à taux plein, le micro-entrepreneur peut cumuler l'intégralité de ses revenus d'activité avec sa pension, sans aucun plafond de chiffre d'affaires autre que celui du régime micro lui-même.
En cumul plafonné, c'est-à-dire lorsque la retraite n'a pas été liquidée à taux plein dans tous les régimes, les revenus de l'activité sont soumis à un plafond, généralement fixé à 50 % du plafond annuel de la Sécurité sociale. Le dépassement de ce plafond entraîne une réduction, voire une suspension temporaire, du versement de la pension.
Autre évolution majeure issue de la réforme des retraites de 2023 : en situation de cumul intégral, les cotisations retraite versées par le micro-entrepreneur ouvrent désormais droit à une seconde pension, calculée séparément et plafonnée à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale.
Simuler sa retraite via l'espace personnel Assurance Retraite
Avant de faire des choix d'activité ou d'anticiper l'âge de départ, il est vivement conseillé de consulter son relevé de carrière et de lancer une simulation personnalisée. Le service « Consulter ma carrière » de l'espace personnel permet de vérifier que les trimestres validés au titre de l'activité de micro-entrepreneur ont bien été reportés par l'Urssaf.
Le service « Estimer le montant de ma retraite » sur lassuranceretraite.fr propose ensuite une estimation à plusieurs âges de départ possibles, avec, pour chacun, le nombre de trimestres enregistrés et une éventuelle décote ou surcote applicable.
L'accès à cet espace personnel se fait via FranceConnect ou avec son numéro de sécurité sociale. Cette simulation est particulièrement utile pour un micro-entrepreneur, dont les revenus fluctuent souvent d'une année sur l'autre : elle permet d'ajuster, si besoin, son niveau de chiffre d'affaires en fin d'année pour sécuriser la validation d'un trimestre supplémentaire.
La réforme de l'assiette unique des cotisations des travailleurs non salariés fait beaucoup parler d'elle depuis son adoption, mais elle ne s'applique pas au régime du micro-entrepreneur. Elle vise spécifiquement les indépendants relevant du régime réel, notamment les gérants majoritaires de SARL ou d'EURL, dont les cotisations sont aujourd'hui calculées sur la base d'un revenu professionnel net faisant l'objet de réintégrations complexes.
Le micro-entrepreneur cotise déjà sur une assiette unique et simplifiée : le chiffre d'affaires brut déclaré, sans notion de charges réelles ni de réintégration de cotisations. Cette simplicité, qui est la raison d'être du régime micro-social, explique que la réforme de l'assiette des TNS au régime réel ne le concerne pas. Un gérant majoritaire qui envisagerait de basculer vers le statut de micro-entrepreneur doit néanmoins garder à l'esprit que les taux de cotisation, les modalités de validation des trimestres et les règles de cumul emploi-retraite diffèrent sensiblement entre les deux régimes. Pour toute question sur ses propres démarches déclaratives, notre guide sur la déclaration URSSAF de l'auto-entrepreneur détaille les échéances et le calcul des cotisations au fil de l'activité.
- Identifier le taux de cotisation applicable à son activité (vente, BIC, BNC ou Cipav)
- Vérifier chaque année le nombre de trimestres validés sur son relevé de carrière
- Ajuster si besoin son chiffre d'affaires de fin d'année pour sécuriser un trimestre supplémentaire
- Distinguer cumul intégral et cumul plafonné avant de reprendre une activité après liquidation de la retraite
- Ne pas confondre la réforme de l'assiette unique des TNS, qui vise les gérants majoritaires, avec le régime micro-entrepreneur
À retenir : un auto-entrepreneur qui souhaite optimiser ses droits à la retraite a tout intérêt à surveiller son chiffre d'affaires cumulé sur l'année civile plutôt que trimestre par trimestre, et à utiliser la simulation en ligne de l'Assurance Retraite pour objectiver ses choix d'activité à l'approche de l'âge légal de départ.
Written by our expert Céline
le 3 août 2026