Changer de métier sans quitter son entreprise du jour au lendemain, tout en conservant sa rémunération pendant la formation : c'est ce que permet le projet de transition professionnelle, ou PTP, parfois appelé « CPF de transition ». Réservé aux salariés, il finance une formation certifiante longue.
Encore faut-il remplir les conditions d'ancienneté, monter un dossier solide et convaincre la commission de votre région. Voici, dans l'ordre, les conditions d'accès, ce que le dispositif prend en charge, les démarches, les raisons des refus et les alternatives.
Qu'est-ce que le projet de transition professionnelle ?
Le PTP est une modalité particulière de mobilisation du compte personnel de formation, selon le portail Mon Compte Formation. Il permet de s'absenter pour suivre une formation certifiante qui mène à un autre métier ou à une autre profession. Il a remplacé le congé individuel de formation, supprimé le 1er janvier 2019.
La formation visée n'a pas besoin d'être liée à votre activité actuelle, précise Service-Public. Un employé de commerce peut ainsi viser un métier du soin, de l'informatique ou du bâtiment, à condition que la certification soit éligible au CPF.
Le financement est instruit par les associations régionales Transitions Pro, via une commission paritaire interprofessionnelle régionale (CPIR). En 2024, d'après la fiche de France compétences consacrée au dispositif, environ 16 300 projets ont été financés pour 490 millions d'euros nets engagés, soit plus de 30 000 euros par projet.
Ne le confondez pas avec une formation courte payée avec vos seuls droits : pour cela, le CPF classique suffit, et notre guide pour utiliser son CPF en détaille les étapes. Le PTP vise les reconversions longues, avec maintien du salaire.
Qui peut bénéficier d'un projet de transition professionnelle ?
Le dispositif s'adresse aux salariés du secteur privé : CDI, CDD, intérimaires et intermittents du spectacle. Les travailleurs indépendants, les demandeurs d'emploi et les agents publics ne figurent pas parmi les publics concernés ; d'autres financements existent pour eux. Chaque situation a sa condition d'ancienneté.
| Situation |
Condition d'ancienneté |
À savoir |
| CDI |
24 mois d'activité salariée, consécutifs ou non, dont 12 mois dans l'entreprise actuelle |
L'ancienneté s'apprécie à la date de départ en formation |
| CDD |
24 mois d'activité sur les 5 dernières années, dont 4 mois en CDD sur les 12 derniers mois |
Être en poste au dépôt de la demande ; formation à commencer au plus tard 6 mois après la fin du contrat |
| Intérim |
1 600 heures sur les 18 derniers mois, dont 600 heures dans l'entreprise ou le groupe de travail temporaire concerné |
Conditions précisées par Mon Compte Formation |
| Intermittent du spectacle |
220 jours ou cachets sur les 2 à 5 dernières années |
Conditions supplémentaires pour certains techniciens et artistes |
Pour les CDD, certains contrats ne comptent pas dans les 4 mois exigés : apprentissage, professionnalisation et CDD suivi d'un CDI. Aucune condition d'âge n'apparaît parmi les critères d'accès publiés par les sources officielles que nous avons consultées.
Deux contrôles évitent les mauvaises surprises : additionner vos mois d'activité salariée, tous employeurs confondus, puis vérifier la durée passée chez l'employeur actuel. Ce second seuil de 12 mois bloque souvent les salariés récemment embauchés, même après de longues années de carrière ailleurs.
La formation doit être certifiante et éligible au CPF : diplôme, titre professionnel ou certification enregistrée au répertoire national. L'organisme doit en outre être certifié Qualiopi, selon la FAQ de Transitions Pro. Il s'agit de parcours longs : 947 heures en moyenne en 2024, d'après France compétences.
Elle peut se dérouler à temps plein, à temps partiel ou en plusieurs périodes. Avant de choisir, consultez le catalogue officiel sur Mon Compte Formation et vérifiez votre solde : notre article sur le solde CPF explique comment le lire sans erreur.
La prise en charge couvre jusqu'à trois postes. D'abord les frais pédagogiques, y compris les frais de validation de la certification, lorsque vos droits CPF ne suffisent pas. Ensuite le maintien de votre rémunération, et enfin des frais annexes éventuels : transport, hébergement, repas.
Vos droits CPF sont mobilisés en priorité, à hauteur du coût de la formation. Transitions Pro ne complète que le reste, dans la limite d'un plafond dont le montant n'est pas publié sur les pages officielles consultées. Notre article sur le plafond CPF aide à comprendre ce que le compte paiera réellement.
La rémunération dépend de votre salaire moyen de référence : celui des 12 derniers mois en CDI, des 4 derniers mois de CDD en CDD. Le barème, fixé par le Code du travail et repris par Service-Public, tient compte du plafond de deux Smic, soit 3 734,04 euros.
| Salaire moyen de référence |
Durée de la formation |
Rémunération prise en charge |
| 3 734,04 € ou moins (2 Smic) |
Toute durée |
100 % du salaire de référence |
| Plus de 3 734,04 € |
1 an ou 1 200 heures maximum |
90 % du salaire de référence |
| Plus de 3 734,04 € |
Plus d'un an |
90 % la première année (ou les 1 200 premières heures), puis 60 %, avec un plancher de 3 734,04 € en CDI |
Prenons un exemple illustratif. Avec un salaire de référence de 2 800 euros, vous percevez 100 %, soit 2 800 euros par mois. Avec 4 500 euros, vous touchez 4 050 euros la première année (90 %). Au-delà d'un an, 60 % donneraient 2 700 euros, mais le plancher de 3 734,04 euros s'applique en CDI.
En CDI, l'employeur maintient votre salaire et Transitions Pro le rembourse chaque mois. En CDD, c'est l'association qui vous verse directement la rémunération. Pendant la formation, le temps passé est assimilé à du temps de travail : congés payés et primes restent dus, et vous gardez votre protection sociale.
Un point mérite d'être précisé : ni Service-Public ni Mon Compte Formation ne mentionnent de participation forfaitaire à votre charge. Le versement de la rémunération dépend toutefois de votre assiduité en formation. Demandez à votre association régionale le plafond applicable avant de signer le devis.
Les démarches pas à pas
Première étape, construire le projet avec un conseiller en évolution professionnelle (CEP). Ce service est gratuit et personnalisé : il aide à choisir un métier, une formation et à préparer le dossier. Il n'est pas obligatoire pour un PTP, mais Transitions Pro le recommande, car la commission évalue la cohérence du projet.
Ensuite, en CDI, il faut demander l'autorisation d'absence à votre employeur, par écrit, de préférence en lettre recommandée avec accusé de réception. Les délais varient selon la durée de la formation.
| Training |
Demande à l'employeur |
| 6 mois ou plus, à temps plein et en une seule fois |
Au plus tard 120 jours calendaires avant le début |
| Moins de 6 mois, à temps partiel, en plusieurs périodes ou avec interruption |
Au plus tard 60 jours calendaires avant le début |
L'employeur dispose de 30 jours pour répondre, et son silence vaut accord. Il peut seulement reporter le départ de 9 mois au maximum, en cas de conséquences préjudiciables à la production. Le nombre de salariés absents simultanément est limité : un seul dans les entreprises de moins de 100 salariés, 2 % de l'effectif au-delà.
Vient alors le dossier de financement, à déposer auprès de l'association Transitions Pro de votre région : celle de votre résidence principale ou de votre lieu de travail. Déposez-le le plus tôt possible, bien avant le départ.
Les sources officielles consultées ne donnent pas de délai de réponse de la commission. Renseignez-vous auprès de votre association avant de fixer la date de début. En CDD, aucune autorisation de l'employeur n'est requise : la demande se dépose avant la fin du contrat.
Avant de déposer le dossier, passez en revue cette liste :
- votre ancienneté remplit les conditions propres à votre contrat (CDI, CDD, intérim ou intermittence) ;
- la certification visée est éligible au CPF et dispensée par un organisme certifié Qualiopi ;
- vous avez calculé votre salaire de référence et la rémunération prise en charge ;
- la demande d'autorisation d'absence respecte le délai de 120 ou de 60 jours ;
- vous avez rencontré un conseiller en évolution professionnelle et identifié des débouchés dans votre région.
Pourquoi certains dossiers sont refusés
Toutes les demandes ne sont pas financées. La commission examine trois critères : la cohérence du projet, la pertinence du parcours et de son financement, et les perspectives d'emploi, notamment dans la région. Elle applique aussi des priorités : niveau de qualification, taille de l'entreprise et métiers qui recrutent.
Le handicap permet de cumuler davantage de points. Depuis 2024, les salariés exposés à des risques ergonomiques reconnus bénéficient aussi de conditions de financement privilégiées, selon France compétences. Les moyens étant limités, un projet pertinent peut être refusé faute de budget.
Les chiffres de la médiatrice le confirment. D'après son rapport 2025, elle a reçu 262 saisines, dont 173 recevables. 90 % concernaient le PTP et 73 % étaient liées à un refus de financement.
Pour maximiser vos chances, appuyez-vous sur des éléments concrets : un métier qui recrute dans votre région, une formation cohérente avec votre parcours, un coût raisonnable et des démarches déjà engagées auprès d'employeurs ou de professionnels du secteur. Le rendez-vous avec le CEP sert précisément à tester ces points.
En cas de refus, trois pistes restent ouvertes : saisir la médiatrice de France compétences, redéposer un dossier amélioré, ou financer une formation plus courte avec le CPF classique. Ne signez jamais d'inscription ferme avant la décision écrite de la commission.
Pendant la formation, vous restez salarié : votre contrat est maintenu et vous conservez vos prestations de Sécurité sociale, y compris la couverture des accidents du travail. Vous êtes considéré comme stagiaire de la formation professionnelle, et le versement de la rémunération suppose d'être assidu.
Le retour dans l'entreprise est encadré. Trois mois avant la fin de la formation, l'employeur doit vous informer, par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, que vous pouvez retrouver votre poste ou un poste équivalent, avec une rémunération au moins équivalente.
Vous avez ensuite un mois pour faire connaître votre décision. Sans réponse, vous êtes réputé accepter de réintégrer l'entreprise. Si vous souhaitez partir, il faut donc répondre explicitement dans ce délai plutôt que de laisser courir le silence.
Un second PTP dans la même entreprise suppose un délai de franchise, de 6 mois au minimum et de 6 ans au maximum, selon Service-Public. Côté résultats, une enquête de l'Observatoire des transitions professionnelles, citée par Transitions Pro, indique que 89 % des bénéficiaires avaient réalisé ou poursuivaient leur transition six mois après la formation.
PTP, CPF classique, démission-reconversion, VAE : que choisir ?
Le PTP n'est pas la seule porte d'entrée vers un nouveau métier. Selon votre projet, un autre dispositif sera plus adapté. Le tableau ci-dessous compare les principales options décrites par Transitions Pro et Mon Compte Formation.
| Device |
Ce qu'il permet |
À privilégier si |
| PTP |
Formation certifiante longue, avec maintien de la rémunération selon le barème |
Vous voulez changer de métier en restant salarié |
| CPF classique |
Financer une formation avec vos droits, sans passer par la commission |
La formation est courte et votre solde suffit |
| Démission-reconversion |
Percevoir l'assurance chômage après une démission, si le projet est validé par Transitions Pro après un CEP |
Vous êtes prêt à quitter votre entreprise, notamment pour créer la vôtre |
| VAE |
Obtenir une certification grâce à votre expérience (12 mois minimum en lien avec le diplôme visé) |
Vous maîtrisez déjà le métier visé |
Si votre reconversion consiste à créer votre propre entreprise, le PTP n'est pas le bon outil : cette voie passe par la démission-reconversion, détaillée dans notre article sur la démission pour création d'entreprise. La création d'entreprise en ligne est offerte avec toute domiciliation chez SeDomicilier.
Pensez enfin à votre entretien de parcours professionnel, qui permet de faire le point avec l'employeur sur vos souhaits d'évolution, et à solliciter un CEP dès les premiers doutes : en amont, ces échanges préparent mieux un dossier de PTP qu'une demande faite dans l'urgence.
Conclusion
Le projet de transition professionnelle offre une vraie sécurité financière à qui veut changer de métier : formation certifiante prise en charge et rémunération maintenue. Il suppose une ancienneté suffisante, un dossier cohérent et du temps, car les financements sont limités.
Vérifiez vos conditions, anticipez les délais, faites-vous accompagner par un CEP et gardez des alternatives en tête. Avant tout engagement, confirmez les plafonds et délais auprès de votre association régionale : ils peuvent différer d'une région à l'autre.
Vous créez ou domiciliez votre entreprise ? Découvrez les solutions de domiciliation d’entreprise proposées par SeDomicilier pour donner une adresse professionnelle à votre activité.