Il existe une dizaine d'outils qui facturent gratuitement, et la plupart des comparatifs s'arrêtent là : une liste, des prix barrés, un classement. Le problème, c'est que la question a changé de nature depuis le 1er septembre 2026.
Un logiciel gratuit qui ne sait pas acheminer vos factures vers une plateforme agréée n'est plus un outil économique : c'est un outil que vous devrez remplacer, avec vos données à récupérer et vos habitudes à refaire. Voici comment trier, et ce que les versions gratuites permettent réellement.
« Gratuit » : trois modèles économiques derrière le mot
Avant de comparer des fonctionnalités, il faut comprendre pourquoi un éditeur offre son outil. Le modèle détermine ce qui restera gratuit dans deux ans.
Le freemium plafonné. L'outil est gratuit jusqu'à un seuil : cinq factures par mois, cinq clients, une seule entreprise. Passé le seuil, vous payez. C'est le modèle le plus lisible, et le plus honnête à condition de vérifier le plafond avant de s'installer.
Le gratuit adossé à un service bancaire. Une néobanque ou un compte pro intègre la facturation dans son offre. Elle est gratuite parce qu'elle sert à retenir le client sur le compte. Solide tant que vous restez client, à réévaluer si vous changez de banque.
Le gratuit financé par la mise en relation. L'outil est offert, l'éditeur se rémunère en orientant vers un expert-comptable, une assurance ou une plateforme partenaire. Rien de répréhensible, mais la neutralité des recommandations intégrées est à prendre avec précaution.
Le vrai critère depuis 2026 : par où passent vos factures ?
C'est le point que la plupart des comparatifs traitent mal, alors qu'il conditionne tout le reste.
La réforme de la facturation électronique impose un intermédiaire obligatoire. Depuis le 1er septembre 2026, les entreprises assujetties à la TVA doivent recourir aux services d'une plateforme agréée pour transmettre et recevoir leurs factures électroniques, et pour envoyer les données de transaction à l'administration.
| Date |
Qui |
Obligation |
| 1er septembre 2026 |
Toutes les entreprises assujetties à la TVA |
Recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée |
| 1er septembre 2026 |
Grandes entreprises et ETI |
Émettre au format électronique |
| 1er septembre 2027 |
PME, TPE et micro-entreprises |
Émettre au format électronique |
Vous avez donc jusqu'au 1er septembre 2027 pour émettre électroniquement — mais l'obligation de réception, elle, s'applique déjà. Choisir aujourd'hui un outil sans issue, c'est se garantir une migration dans l'année.
Le PDF ne suffit plus
Une confusion mérite d'être levée tout de suite : envoyer une facture en PDF par courriel n'est pas émettre une facture électronique au sens de la réforme. Le texte exige un format structuré, lisible par une machine : Factur-X, UBL ou CII.
Factur-X est hybride — un PDF lisible par l'humain avec les données en XML embarquées — ce qui explique une bonne part du malentendu. Visuellement, cela ressemble à un PDF. Techniquement, ce n'en est pas un.
L'État ne propose pas d'alternative gratuite
Beaucoup d'entrepreneurs attendent encore un service public gratuit pour émettre leurs factures. Il n'arrivera pas. Le portail public de facturation a été recentré sur deux fonctions : un annuaire des entreprises et de leurs adresses de facturation, et un concentrateur de données pour l'administration.
L'émission comme la réception passent obligatoirement par une plateforme agréée, privée. Le « gratuit » que vous cherchez viendra d'un éditeur, pas de l'État.
Plusieurs comparatifs distribuent des verdicts binaires : cet outil est conforme, celui-là ne l'est pas. C'est une simplification qui induit en erreur, car trois situations différentes se cachent derrière.
L'outil est lui-même une plateforme agréée. Il a passé la procédure d'immatriculation auprès de l'administration — valable trois ans, renouvelable — et les tests techniques. Vos factures partent directement, et l'éditeur porte la responsabilité du raccordement.
L'outil s'appuie sur une plateforme agréée partenaire. C'est parfaitement valable : ce qui compte est que le flux transite par une plateforme immatriculée, pas que votre logiciel de saisie le soit lui-même. Deux vérifications s'imposent tout de même — le partenaire est-il nommé clairement, et le raccordement est-il inclus dans l'offre gratuite ou facturé en option ?
L'outil ne prévoit aucun raccordement. C'est la seule véritable impasse. Il génère un document, à vous de trouver comment l'acheminer. C'est le cas de la plupart des modèles Word, Excel et générateurs de PDF en ligne.
Autrement dit, la bonne question n'est pas « mon logiciel est-il une plateforme agréée ? » mais « mes factures aboutissent-elles à une plateforme agréée, et sans surcoût ? »
Vérifier en une minute si votre outil tient la route
L'administration publie la liste officielle des plateformes agréées sur impots.gouv.fr, dans l'espace Professionnel : Gérer mon entreprise ou mon association → Passer à la facturation électronique → Consulter la liste des plateformes agréées.
Un logo officiel a également été créé pour permettre d'identifier les plateformes immatriculées. Sa présence sur le site d'un éditeur est un premier indice — la liste officielle reste la seule preuve.
La méthode, en trois questions à poser à votre éditeur, par écrit :
- Mes factures seront-elles transmises via une plateforme agréée, directement ou par un partenaire nommé ?
- Ce raccordement est-il compris dans l'offre gratuite ou deviendra-t-il payant en 2027 ?
- Puis-je exporter l'intégralité de mes données — factures, clients, historique — si je change d'outil ?
La troisième question est celle qu'on oublie, et c'est souvent la plus coûteuse. Un outil gratuit dont on ne peut rien extraire vous enferme bien plus sûrement qu'un abonnement à 9 € par mois.
Ce que les versions gratuites permettent réellement
Voici ce que proposaient les principales offres gratuites du marché français au relevé de septembre 2026. Les paliers gratuits évoluent souvent : vérifiez avant de vous engager.
| Outil |
Ce que la version gratuite permet |
La limite à connaître |
| Abby |
Devis et factures illimités |
Logo de l'éditeur retiré en version payante |
| Facture.net |
Devis et factures illimités |
Pas d'application mobile |
| Henrri |
Devis et factures illimités |
Personnalisation complète en version payante |
| Indy |
Devis et factures illimités |
Relances et factures récurrentes en offre payante |
| Shine Facture |
Factures illimitées |
Plafonné à 5 clients par mois
|
| Sinao |
Interface complète en ligne |
Plafonné à 5 factures par mois
|
| Tiime |
Devis et factures illimités |
Synchronisation bancaire en version payante |
Deux enseignements. D'abord, « illimité » est la norme sur le nombre de factures : ce n'est donc pas un critère de tri. Ensuite, ce qui différencie vraiment les offres gratuites, c'est ce qu'elles retiennent — la personnalisation, les relances, la synchronisation bancaire, ou un plafond de clients.
Les six critères à passer en revue
Au-delà du prix, voici la grille qui évite de se tromper.
Le raccordement à une plateforme agréée, inclus et non en option. C'est éliminatoire.
Les mentions obligatoires, présentes et modifiables. La réforme en ajoute quatre : numéro SIREN du client, adresse de livraison des biens, nature des opérations facturées, option de paiement de la TVA sur les débits. À recouper avec les mentions obligatoires d'une facture.
La gestion de la franchise en base de TVA. L'outil doit permettre d'afficher la mention de franchise — et de la modifier, puisqu'elle change de référence légale avec le passage du CGI au CIBS.
L'export des données, dans un format exploitable. CSV a minima, idéalement avec les pièces jointes.
Le suivi des encaissements. En micro-entreprise, c'est l'encaissement qui déclenche la déclaration, pas la facture. Un outil qui ne distingue pas facture émise et facture payée vous oblige à tenir un second tableau.
Les relances automatiques. Presque toujours réservées aux versions payantes, et c'est souvent le premier motif légitime de bascule.
Ce qu'un outil gratuit ne fera pas pour vous
Trois choses, qu'aucune version gratuite ne prend en charge et qui restent votre responsabilité.
Tenir votre comptabilité. Un logiciel de facturation produit des factures. Il ne tient ni votre livre des recettes, ni votre registre des achats, même s'il en facilite le remplissage.
Vérifier votre régime fiscal. Aucun outil ne vous alertera parce que vous approchez du seuil de franchise de TVA à 37 500 €, ni parce que vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire de votre régime micro.
Archiver vos factures dans les règles. L'obligation de conservation reste la vôtre : dix ans au titre du Code de commerce, six ans au titre fiscal. Un compte gratuit fermé sans préavis ne vous en dispense pas — d'où l'importance de l'export.
Micro-entrepreneur : les points de vigilance
Trois réglages à faire dès la première facture, parce qu'ils sont pénalisables et qu'un outil gratuit ne les impose pas toujours.
La mention de franchise en base de TVA, si vous en relevez. Sa référence légale évolue avec la recodification de la TVA : le champ doit être modifiable.
La numérotation chronologique et sans rupture. Un outil qui autorise la suppression d'une facture émise vous expose : la règle est l'avoir, pas la suppression.
La date d'encaissement, distincte de la date de facture. C'est elle qui détermine le mois ou le trimestre de déclaration de votre chiffre d'affaires à l'Urssaf.
Quand passer à une version payante ?
Trois signaux, dans l'ordre où ils apparaissent généralement.
Vous atteignez le plafond de clients ou de factures de l'offre gratuite. Le calcul est immédiat.
Vous passez plus d'une heure par mois à relancer. À 9 € l'abonnement, les relances automatiques se rentabilisent dès la première facture récupérée plus tôt.
Le raccordement à la plateforme agréée devient payant. C'est le motif qui s'imposera à beaucoup en 2027 : autant l'anticiper en posant la question maintenant plutôt que de le découvrir en août.
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