Demander une augmentation fait hésiter beaucoup de salariés, et les chiffres montrent qu'ils n'ont pas tort de s'y préparer. Selon le baromètre de l'Apec, seuls 53 % des cadres ont vu leur salaire augmenter au cours de l'année, soit 7 points de moins que l'année précédente.
Ce guide explique comment demander une augmentation : vos droits, le bon moment, le montant à viser, la méthode en entretien, un modèle de mail et la suite en cas de refus. Nous ajoutons un cas chiffré et une section pour les indépendants qui veulent relever leurs tarifs.
Les règles viennent du Code du travail numérique et les chiffres de l'Apec et de l'Insee, cités à chaque fois. Nous signalons ce qui date : une médiane ancienne n'est pas une médiane actuelle. Commençons par la question que tout salarié se pose : l'employeur est-il obligé d'augmenter ?
L'employeur est-il obligé d'augmenter un salarié ?
En général, non. Le Code du travail numérique distingue les augmentations obligatoires et celles qui se négocient. Sans règle qui l'impose, l'employeur décide : une demande individuelle ne crée donc pas de droit à une réponse favorable.
| Situation |
Obligation de l'employeur |
Source |
| Revalorisation du SMIC |
Relever le salaire s'il passe sous le minimum légal |
Code du travail numérique |
| Minimum prévu par la convention collective de branche |
Respecter le minimum conventionnel de votre coefficient |
Code du travail numérique |
| Accord d'entreprise applicable |
Appliquer les augmentations prévues par l'accord |
Code du travail numérique |
| Égalité de traitement |
Rémunérer de façon égale des salariés placés dans la même situation |
Code du travail numérique |
Si votre salaire se situe sous le minimum de votre convention collective, ce n'est pas une demande mais un droit : vérifiez la grille de votre branche avant tout entretien. Pour le reste, vous êtes dans le champ de la négociation.
Qu'est-ce que la négociation annuelle obligatoire ?
Dans les entreprises dotées d'un délégué syndical, l'employeur doit ouvrir chaque année une négociation sur la rémunération. D'après la fiche du ministère du Travail, le cas général concerne les entreprises d'au moins 50 salariés.
Cette négociation porte sur les salaires effectifs, le temps de travail et le partage de la valeur ajoutée. L'obligation porte sur l'ouverture et le déroulement de la négociation, pas sur la conclusion d'un accord : en cas de désaccord, un procès-verbal est établi.
Un accord de méthode peut espacer ces négociations, dans la limite de quatre ans. Si vous travaillez dans une entreprise concernée, renseignez-vous auprès des représentants du personnel sur le calendrier de ces négociations.
Quand demander une augmentation ?
Le bon moment combine trois éléments : un résultat visible, un calendrier budgétaire et la disponibilité de votre manager. L'entretien annuel est l'occasion naturelle, mais un budget se décide souvent avant lui : mieux vaut aborder le sujet quelques semaines en amont.
Les autres moments favorables sont la fin d'un projet réussi, un élargissement de vos responsabilités ou un changement de poste. Les données de l'Apec confirment le poids de la mobilité : 70 % des cadres ayant changé de poste dans leur entreprise ont été augmentés, contre 49 % de ceux qui n'ont pas bougé.
| Situation du cadre |
Part de cadres augmentés |
| Changement de poste dans l'entreprise |
70 % |
| Changement d'entreprise, sans passage par le chômage |
64 % |
| Aucun changement |
49 % |
| Changement d'entreprise après une période de chômage |
46 % |
Ces chiffres, issus du baromètre 2025 de l'Apec, concernent les cadres du privé. Ils donnent un ordre de grandeur pour les autres salariés mais ne s'y appliquent pas mécaniquement. Chez les moins de 30 ans, la part d'augmentés monte à 82 %.
La préparation se fait en trois temps. D'abord, situez votre rémunération sur le marché. L'Apec propose un simulateur de salaire et des fiches métiers, et son étude 2025 donne la médiane de 111 familles de métiers : 49 k€ en administration des ventes contre 77 k€ en direction informatique.
Ensuite, listez vos réalisations avec des chiffres : chiffre d'affaires gagné, délais tenus, coûts réduits, clients fidélisés. Notre guide des métiers qui paient bien donne des repères par famille de métiers. Un fait chiffré pèse plus qu'une impression, car il permet à votre manager de défendre la demande.
Enfin, fixez trois chiffres : le salaire que vous visez, un minimum acceptable et une alternative non salariale. Selon l'Apec, s'appuyer sur ses compétences et ses réussites est la base de la demande.
Quels arguments utiliser pour justifier sa demande ?
Un bon argument répond à une question que votre manager se pose : pourquoi cette hausse, et pourquoi maintenant ? Le tableau classe les arguments les plus courants et la preuve qui les appuie.
| Argument |
Ce qu'il démontre |
Preuve à apporter |
| Résultats |
Vous avez créé de la valeur |
Objectifs atteints, ventes, délais tenus, coûts réduits |
| Responsabilités |
Votre poste a évolué |
Nouvelle fiche de poste, équipe encadrée, budget géré |
| Marché |
Votre salaire est sous les repères |
Simulateur de l'Apec, médiane de votre famille de métiers |
| Pouvoir d'achat |
Les prix ont progressé |
Indice des prix de l'Insee, en argument complémentaire |
Combinez deux ou trois arguments plutôt que d'en empiler dix. Les résultats et les responsabilités se vérifient dans votre dossier, alors que l'ancienneté seule dit peu de la valeur créée.
Quel montant demander ?
Il n'existe pas de pourcentage officiel. Les médianes de la précédente édition du baromètre Apec de 2024, enquête menée en juin 2024 auprès de 14 000 cadres, donnent un repère selon la situation.
| Situation (cadres augmentés, 2024) |
Augmentation individuelle médiane |
Augmentation collective médiane |
| Sans changement professionnel |
4 % |
3 % |
| Changement de poste dans l'entreprise |
6,5 % |
3 % |
| Changement d'entreprise |
14 % |
non précisée |
Ces médianes datent de 2024 : lisez-les comme des ordres de grandeur, pas comme des barèmes. Au-delà de ces niveaux, appuyez votre demande sur un changement de périmètre ou sur un écart avec le marché.
L'inflation fournit un argument complémentaire. Selon l'Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 3,1 % sur un an en septembre, après 2,4 % en août, avec une inflation sous-jacente de 1,5 %. Citez-la avec prudence : elle ne justifie pas à elle seule une hausse individuelle.
Cas chiffré : une augmentation de 4 % compense-t-elle l'inflation ?
Prenons un salarié payé 36 000 euros bruts par an, soit 3 000 euros par mois. Il demande 5 % et obtient 4 %. Comparons les deux résultats avec l'effet de l'inflation, que nous fixons à 3,1 % pour la démonstration.
| Indicator |
Calcul |
Résultat |
| Salaire de départ |
3 000 € × 12 |
36 000 € bruts par an |
| Augmentation demandée (5 %) |
36 000 € × 5 % |
+ 1 800 € par an, soit + 150 € par mois |
| Augmentation obtenue (4 %) |
36 000 € × 4 % |
+ 1 440 € par an, soit + 120 € par mois |
| Salaire nécessaire pour compenser 3,1 % d'inflation |
36 000 € × 1,031 |
37 116 € bruts par an |
| Écart entre l'obtenu et la compensation |
37 440 € − 37 116 € |
+ 324 € bruts par an |
Une hausse de 4 % dépasse de 324 euros par an la simple compensation d'une inflation de 3,1 %. Maintenue pendant cinq ans, une hausse de 1 440 euros par an représente 7 200 euros bruts cumulés, sans tenir compte des augmentations suivantes.
Ces montants sont bruts : ils ne sont pas ceux que vous verrez sur le compte. Pour estimer l'effet net, utilisez le simulateur de l'Urssaf, qui convertit le brut en net et tient compte du statut cadre.
Quelles preuves rassembler avant l'entretien ?
Constituez un dossier court, d'une page, que vous pouvez remettre à votre manager. Il rassemble les objectifs fixés et atteints, les projets menés à terme, les retours de clients ou de collègues et l'évolution de votre fiche de poste depuis votre arrivée.
Ajoutez la grille de salaires de votre convention collective et, si possible, deux ou trois repères de marché sur votre métier. Le dossier doit se lire en deux minutes : un manager le transmettra plus facilement à sa hiérarchie s'il est clair et chiffré.
Demandez d'abord un rendez-vous dédié, plutôt que d'improviser dans un couloir. Le mail ci-dessous aide à poser le cadre sans dramatiser. Prévenez votre manager du sujet : il aura le temps de consulter sa hiérarchie.
| Élément du mail |
Contenu proposé |
| Objet |
Demande d'entretien sur ma rémunération |
| Corps |
Bonjour [prénom], je souhaiterais échanger avec vous sur l'évolution de ma rémunération, au regard de mes missions de ces douze derniers mois. Seriez-vous disponible pour un rendez-vous de trente minutes dans les deux semaines ? Je préparerai un point sur mes résultats. Cordialement, [nom] |
Pendant l'entretien, suivez un ordre simple : vos résultats, l'évolution de vos responsabilités, puis votre demande chiffrée. Annoncez le montant avec calme, puis laissez votre interlocuteur répondre. La fiche de l'Apec sur la demande d'augmentation rappelle que demander ne fait pas courir de véritable risque, alors que la récompense possible est une meilleure rémunération.
Évitez l'ultimatum, la comparaison avec un collègue et les arguments personnels. L'Apec déconseille, pour la négociation à l'embauche, de surenchérir ou d'évoquer sa situation familiale : ces conseils s'appliquent aussi à une demande en poste. Restez sur les faits et sur la valeur créée.
Que faire en cas de refus ?
Un refus n'est pas toujours définitif. Demandez les critères et le calendrier d'un réexamen, par exemple dans six mois, et faites-les confirmer par écrit. Selon l'Apec, une attitude adaptée après un refus permet de revenir sur le sujet plus tard.
Le tableau résume la réaction adaptée à chaque type de réponse, pour éviter de réagir à chaud.
| Réponse de l'employeur |
Réaction conseillée |
| Accord complet |
Remercier, demander une confirmation écrite et la date d'effet |
| Accord partiel |
Accepter le principe, demander un réexamen à date fixe pour le reste |
| Report |
Faire préciser les critères et le calendrier, puis noter la date dans votre agenda |
| Refus sans explication |
Demander les raisons, proposer des contreparties, envisager la mobilité |
Vous pouvez aussi négocier des contreparties : prime, jours de congé, télétravail, ou financement d'une formation. Notre actu sur la prime de partage de la valeur présente un autre levier de rémunération. Notre guide de la liste des formations éligibles au CPF aide à choisir une formation qui renforce votre valeur sur le marché.
Si le refus s'accompagne d'un blocage durable, la mobilité devient l'option la plus rémunératrice : 64 % des cadres ayant changé d'entreprise ont été augmentés, et l'Apec conseille de chercher avant de perdre son emploi. Après une période de chômage, ce taux tombe à 46 %.
Quelles erreurs éviter quand on demande une augmentation ?
La première erreur est de demander sans préparation. Un entretien sans chiffres ni exemples donne l'impression d'une demande d'humeur. La deuxième est de choisir le mauvais moment : une période de restructuration ou un budget déjà bouclé réduit les chances.
La troisième est de confondre demande et menace de démission. Un ultimatum n'est crédible que si vous êtes prêt à partir, et il ferme souvent la discussion. La quatrième est de négliger la trace écrite : un compte rendu envoyé après l'entretien évite les malentendus.
Un indépendant n'a pas de manager, mais il a des clients : relever ses tarifs revient à demander une augmentation à chacun d'eux. Prévenez-les avec un préavis écrit, expliquez la hausse par la valeur apportée et proposez une date d'application. Le calcul du TJM d'un freelance aide à fixer le bon montant, et notre guide de la prestation de service en auto-entrepreneur détaille le cadre.
Prenons un freelance en micro-entreprise qui facture 400 euros par jour pendant 180 jours. Il passe à 440 euros, soit 10 % de plus, pour le même nombre de jours. Nous appliquons le taux de cotisations de 25,6 % des activités en BNC non réglementé, donné par Service-Public.
| Indicator |
Avec 400 € par jour |
Avec 440 € par jour |
| Chiffre d'affaires sur 180 jours |
72 000 € |
79 200 € |
| Cotisations à 25,6 % |
18 432 € |
20 275 € |
| Revenu avant impôt, cotisations déduites |
53 568 € |
58 925 € |
La hausse de 10 % ajoute 5 357 euros de revenu avant impôt. Attention au plafond : selon Service-Public Entreprendre, il est de 83 600 euros pour les prestations de services, et 190 jours à 440 euros atteignent exactement ce montant. Les taux de cotisations figurent sur la page dédiée.
L'exemple ne tient compte ni de l'ACRE, ni du versement libératoire, ni de l'impôt sur le revenu. Le classement de votre activité détermine le taux : vérifiez-le auprès de l'Urssaf.
Et si vous envisagez de quitter votre poste ?
Si la demande échoue et que l'indépendance vous attire, comparez les deux situations avant de démissionner. Notre guide de la démission pour création d'entreprise détaille les conditions d'accès au chômage, et celui de la reconversion professionnelle les financements.
Avant de franchir le pas, chiffrez votre trésorerie de départ et vos premiers clients. Un projet d'indépendance se prépare plusieurs mois à l'avance, comme une demande d'augmentation bien menée.
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Conclusion
Demander une augmentation se prépare : situer votre salaire sur le marché, rassembler des résultats chiffrés, fixer un objectif, un minimum et une alternative. Selon l'Apec, 53 % seulement des cadres ont été augmentés, et le changement de poste reste le levier le plus fréquent.
En résumé, demandez un rendez-vous dédié, appuyez-vous sur des faits chiffrés, annoncez un montant précis et prévoyez la suite en cas de refus. Une demande bien préparée ne vous coûte rien, alors qu'elle peut modifier durablement votre rémunération.
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