
Amortir une immobilisation, c'est constater comptablement la perte de valeur d'un bien du fait de son usage et du temps, en étalant son coût en charge sur plusieurs exercices. L'amortissement linéaire répartit cette charge de façon constante : chaque exercice complet supporte la même annuité.
C'est le mode d'amortissement de référence du Plan Comptable Général, et l'un des deux régimes d'amortissement admis par l'administration fiscale. Contrairement à l'amortissement dégressif, réservé à certains biens neufs listés par le Code général des impôts, le linéaire s'applique à toutes les immobilisations amortissables, sans condition de nature ni de durée.
La base amortissable correspond au coût d'acquisition du bien (prix d'achat HT + frais accessoires nécessaires à sa mise en service : transport, installation, droits de douane), diminué de sa valeur résiduelle éventuelle — c'est-à-dire le montant que l'entreprise espère récupérer en le revendant en fin d'utilisation. En pratique, dans les petites structures, cette valeur résiduelle est le plus souvent nulle, et la base amortissable est donc égale à la valeur d'origine.
Taux linéaire = 100 ÷ durée d'amortissement (en années)
Annuité = base amortissable × taux linéaire
Un matériel amorti sur 5 ans a donc un taux de 100 ÷ 5 = 20 % ; sur 8 ans, 12,5 %.
La durée à retenir est en principe la durée réelle d'utilisation du bien dans l'entreprise. Les petites entreprises peuvent toutefois s'en tenir aux durées d'usage admises par l'administration fiscale, plus simples à justifier :
| Immobilisation | Durée d'usage courante |
|---|---|
| Matériel informatique | 3 years |
| Matériel de transport | 4 à 5 ans |
| Matériel et outillage | 7 à 10 ans |
| Mobilier de bureau | 10 ans |
| Agencements et installations | 10 à 20 ans |
| Bâtiments industriels | 20 ans |
| Immeubles de bureaux | 25 ans |
| Bâtiments commerciaux | 20 à 50 ans |
À noter : les biens de faible valeur — matériel et outillage, mobilier de bureau, logiciels — dont la valeur unitaire ne dépasse pas 500 € HT peuvent être comptabilisés directement en charges, sans passer par un plan d'amortissement. Une tolérance qui ne s'applique pas à l'équipement initial ni au renouvellement complet d'un parc, même si chaque élément coûte moins de 500 €.
L'amortissement commence à courir non pas à la date d'achat, mais à la date de mise en service du bien. La première annuité est donc calculée au prorata du temps d'utilisation sur l'exercice, en jours, sur la base d'une année de 360 jours (12 mois de 30 jours) — une mécanique détaillée dans la doctrine consacrée au régime de l'amortissement linéaire.
Première annuité = annuité pleine × (nombre de jours d'utilisation ÷ 360)
Conséquence logique : le plan d'amortissement s'étale sur un exercice de plus que la durée théorique, la dernière annuité venant absorber le reliquat non amorti.
Matériel acheté 12 000 € HT, mis en service le 1er avril de l'année N, amorti sur 5 ans en linéaire (taux de 20 %). Annuité pleine : 12 000 × 20 % = 2 400 €. Première annuité : 9 mois d'utilisation, soit 270 ÷ 360 = 0,75 → 1 800 €.
| Exercice | Base amortissable | Annuité | Cumul des amortissements | Valeur nette comptable |
|---|---|---|---|---|
| N (9 mois) | 12 000 € | 1 800 € | 1 800 € | 10 200 € |
| N+1 | 12 000 € | 2 400 € | 4 200 € | 7 800 € |
| N+2 | 12 000 € | 2 400 € | 6 600 € | 5 400 € |
| N+3 | 12 000 € | 2 400 € | 9 000 € | 3 000 € |
| N+4 | 12 000 € | 2 400 € | 11 400 € | 600 € |
| N+5 (3 mois) | 12 000 € | 600 € | 12 000 € | 0 € |
Le bien est intégralement amorti au bout de six exercices civils, pour une durée d'amortissement de cinq ans.
À chaque clôture, la dotation aux amortissements se comptabilise ainsi :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 6811 | Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles et incorporelles | 2 400 € | |
| 2815x | Amortissements des installations techniques, matériel et outillage | 2 400 € |
Le compte 6811 est une charge d'exploitation : il pèse sur le résultat de l'exercice. Le compte 28 vient, lui, en déduction de la valeur brute de l'immobilisation à l'actif du bilan — un mouvement que vous retrouvez ligne par ligne dans votre balance comptable.
| Critère | Linéaire | Dégressif |
|---|---|---|
| Biens concernés | Toutes les immobilisations amortissables | Uniquement certains biens neufs (article 39 A du CGI), durée ≥ 3 ans |
| Répartition de la charge | Constante | Plus forte les premières années |
| Base de calcul | Valeur d'origine | Valeur nette comptable restante |
| Prorata de la 1re année | En jours | En mois entiers |
| Intérêt principal | Simplicité, lisibilité | Avantage de trésorerie immédiat |
Le montant total amorti est identique dans les deux cas : seule la répartition dans le temps change.
Les auto-entrepreneurs au régime micro-fiscal ne pratiquent pas d'amortissement : leurs charges sont couvertes par un abattement forfaitaire calculé sur le chiffre d'affaires, quel que soit le montant réellement dépensé. Acheter un ordinateur à 1 200 € ne change donc rien à leur imposition.
La question devient centrale dès le passage à un régime réel d'imposition — création d'une société, sortie de la micro-entreprise, dépassement des seuils. C'est souvent à ce moment que l'amortissement du matériel et des agencements se met à peser réellement sur le résultat imposable.
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